L'âne qui se met en boule

Les Cahiers de l'Âne • 01/07/2012


L'âne qui se met en boule

Qui ne s’est jamais trouvé dans cette situation : l’âne refuse d'avancer, que ce soit avec un cavalier sur le dos ou un meneur à l'attelage ? Ce refus d'exécuter le moindre pas est toujours le résultat d’un stress pour la monture. Dire à cette occasion que l’âne se met en boule est à prendre au figuré comme au sens propre.

TEXTE : EMMANUELLE BORNET - ILLUSTRATION : BRUNO DELAS / PHOTO : VALÉRIE THÉVENOT

En effet, visuellement son attitude épouse la forme d'une boule, l’animal vousse son dos, rentre les fesses et plante ses quatre membres fermement dans le sol. Rien ne sert donc de s’agiter en tous sens pour le faire avancer, ni de talonner à tout va les flancs du réfractaire, cela ne ferait qu’amplifier son stress. Nous parlons ici bien sûr d’un âne éduqué qui sait déjà travailler ; le cas de l’âne qui ne sait pas étant tout à fait différent.

Cette « mise en boule » peut survenir à tout moment. Le réflexe humain qui pousse à talonner les flancs de l'animal pour le faire avancer est donc à bannir. Ici, les coups de talons auraient pour effet de porter l'âne vers le haut, en soubresaut, mais ne le porteraient en aucun cas vers l'avant, ce que nous recherchons pourtant.

Voyons ensemble les cas les plus fréquents où nous rencontrons cette attitude.

Mise en selle rapide

Au départ d’une balade, lorsque le cavalier se met en selle à la sortie du pré ou de l’écurie. Cela peut être le fait de l’âne qui ne veut pas travailler (les paresseux cela existe) ou qui ne veut pas quitter les copains. Dans ce cas, il convient d’habituer Cadichon à sortir seul.

Dans un premier temps, ne le montez pas tout de suite. Laissez le licol sur la tête et une fois qu'il est sellé et bridé, emmenez-le en longe sur quelques centaines de mètres jusqu’à ce qu’il ne voie plus les copains ou la maison. Et là, vous pouvez vous hisser sur son dos. Renouvelez plusieurs fois cette étape. Généralement, une fois éloigné, il consent à coopérer.

Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à faire quelques balades en longe mais toujours sellé et bridé, jusqu’à ce qu’il s’habitue une nouvelle fois à cet éloignement. Puis sur le chemin du retour, montez sur son dos. Au fur et à mesure, vous réduirez la distance de promenade en longe jusqu’à ce que vous puissiez le monter au départ du pré ou de l'écurie.

Cette technique fonctionne aussi sur l'âne paresseux qui finit par comprendre que de toute façon il fera sa promenade

Activité ennuyeuse pour l'âne

Cette fois-ci, Cadichon se met en boule lorsque vous lui proposez, ou plutôt imposez, tel ou tel type d’activité : travail en carrière, saut d’obstacles, exercices d’assouplissement, de maniabilité...

L’âne ne fonctionne pas dans sa tête comme un cheval à qui l’on peut par contrainte pratiquement tout imposer ! Si l’âne trouve qu’une activité est ennuyeuse, il ne la fera pas, c’est tout ! Dans ce cas, c’est au cavalier de proposer à sa monture une variante qui la séduira et qui, peu à peu finira par l’intéresser à cet exercice. Si décidément il n’y a rien à faire, inutile d’insister, vous ne ferez que dégoûter votre compagnon. Le risque étant de le voir refuser toute activité avec vous s’il finit par vous assimiler à contrainte et déplaisir.

Il faut aussi penser qu’un exercice quelconque peut lui causer des douleurs : lombalgie, arthrose ou autre contracture musculaire peuvent se réveiller à l’occasion d’un certain type d’exercice. Il convient alors d’en parler à votre vétérinaire qui vous conseillera.

À vous donc de vous adapter à votre compagnon... ou de changer de monture !

L'âne et la pluie

Il pleut et votre monture commence à avancer à pas comptés, ralentissant de plus en plus son allure... et finit par s'arrêter.

Beaucoup d'ânes n'aiment pas la pluie et, plutôt que d'affronter les intempéries, préfèrent se positionner dos à la pluie jusqu'à l'accalmie. Ils font le dos rond et parfois cherchent à se mettre sous un arbre ou n'importe quel abri de fortune. Seule solution pour sortir le timoré par temps humide : le couvre-rein imperméable.

L'âne et la peur

Tout comme nous, les ânes ne réagissent pas de la même façon face à l'adversité. Certains s'enfuient à toutes jambes, d'autres moins apeurés mais tout de même prudents, filent en n’ayant l'air de rien : leur tactique est de décamper, mais pas trop vite, encolure et tête relevées, dans un mouvement de passage (allure relevée avec un temps de suspension) digne d'un champion de dressage.

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D'autres encore font face au danger et ronflent pour intimider l'ennemi.

Quant à ceux qui nous concernent, leur tactique est quelque peu proche de celle de l'autruche, mais à l'inverse du volatile. Si ce dernier met sa tête dans le sable en s'imaginant qu'il n'est pas vu s'il ne voit pas, nos amis les ânes s'immobilisent, font le dos rond et baissent la tête. Cette attitude de survie est sans doute un héritage de leurs origines africaines. Le mouvement déclenchant l'attaque des prédateurs, le prédaté qui ne bouge pas a ainsi moins de risque d'être repéré. Dans ce cas, il faut attendre que l'objet de la peur soit écarté. Caresser et rassurer Cadichon l'aideront à se détendre.

En conclusion, si votre âne se « met en boule », prenez le temps d'en analyser la cause et soyez patient et constant dans vos demandes.
La patience n'implique pas la mollesse, restez ferme et déterminé, mais toujours dans le calme, c'est la seule solution pour venir à bout de la difficulté, comme d'ailleurs pour tout autre problème que vous pourrez rencontrer avec votre compagnon préféré. ■

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