Avec les yeux de l'âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/02/2017


Avec les yeux de l'âne

Thierry et Dominique habitent Sains-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais. Et il y a cinq ans alors qu’il a toujours rêvé de faire de l’attelage, Thierry, passionné d’équidés, a un coup de cœur pour un âne abandonné.

TEXTE & PROPOS RECUEILLIS : AGNÈS THOMAIN - PHOTOS : AVEC LES YEUX DE L’ÂNE

Il décide alors d’acquérir cet âne âgé de 9 mois. Son nom, Jules. Thierry ne connaît rien aux ânes, « c’est bien différent des chevaux. Quand il a décidé de ne plus avancer et qu’il plante ses pieds dans le sol… ce n’est pas la peine d’insister ».

Jules, un coup de cœur

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Dès son plus jeune âge, Jules est habitué au monde. Il parcourt les plages de Berck-sur-Mer, les dunes, le sable mouillé et les bâches d’eau. Il n’est pas très grand, 1,10 m au garrot, mais il a la pêche ! Dominique, la compagne de Thierry prend des cours d’attelage avec l’appui d’un ancien champion, Jean-Marie Belloy et éduque Jules. Les débuts bien sûr n’ont pas été de tout repos, mais ils ont beaucoup appris ensemble et maintenant il prend plaisir à sortir en balade, surtout quand il y a un pommier sur le chemin.

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Aujourd’hui, Jules est un véritable ami… sauf pour la montée dans le van. Beaucoup d’essais, de patience et de temps à attendre son bon vouloir ! « Nous en avons passé du temps en retour de balade attelée à attendre qu’il se décide à monter, car contrairement à un cheval, c’est lui qui décide de l’heure du retour ! Encore maintenant après 5 ans, il attend que l’on sorte les poteaux derrière le van, que l’on installe le paddock pour ensuite monter rapidement ! Un vrai jeu pour lui de nous voir sortir le matériel. »

Gribouille sauvé du refuge

Puis Jules est rejoint par Gribouille, 6 ans, que Thierry et Dominique vont chercher au grand refuge des équidés à Pervenchères dans l’Orne. Il leur faut montrer « pattes blanches » ! Un membre de l’organisme vient chez eux pour faire un état des lieux et des équipements. Mais rien à craindre : les box sont prêts et la paille bien fraîche pour accueillir le nouveau pensionnaire.

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La première rencontre des deux longues oreilles est un peu agitée ; Jules veut taper Gribouille qui veut le mordre ! Puis peu à peu ils sortent ensemble, vont en pâture ensemble. Gribouille s’impose même aux chevaux. Il apprend très vite, il n’a peur de rien et s’adapte rapidement aux situations : rencontrer les enfants, les adultes, monter seul dans le van, reculer, passer sur les plaques d’égout, mais ce qu’il aime particulièrement… se faire câliner !

Que des lumières…

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À l’âge de 50 ans, Thierry se rend compte que sa vue baisse. Aujourd’hui, à 57 ans il ne distingue plus que des lumières. Trois longues années lui seront nécessaires pour accepter de vivre avec sa maladie. Son chien-guide, Fronton dit Tonton, et ses deux chevaux l’aideront.

Le coup de cœur pour Jules et l'envie de « faire quelque chose pour les enfants aveugles et malvoyants » lui semble très vite une évidence. « Parce qu’un âne, c’est une peluche, un aimant, un antidépresseur…Quand vous approchez, il vient vers vous, il adore les câlins. ». À chaque sortie, Jules est la vedette !

L’idée des promenades en calèche vient naturellement. Mais un seul âne ne suffit pas pour tirer un attelage. Gribouille, « un âne qui a été abandonné. Il a souffert de la faim et a de gros problèmes de dentition », sera le second.

C’est ainsi qu’est née l’association « Avec les yeux de l’âne ». Elle a pour but d’offrir aux enfants malvoyants et non-voyants des balades avec un âne bâté ou attelé, et de leur permettre le contact avec cette peluche vivante.

L’association « Avec les yeux de l’âne »

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« Les promenades en calèche sur les marchés de Noël permettent de se faire connaître, et de récolter des fonds afin de proposer ces mêmes balades gratuitement aux enfants qui ont perdu la vue.
Nous pouvons accueillir les enfants dans notre ville de Sains-en-Gohelle. C’est une ville d’environ 6500 habitants qui se situe dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais à une vingtaine de km d’Arras. Nous avons des possibilités de balades dans un parc ombragé, le parc Bacon dans le centre de la ville ou dans les chemins de campagne qui nous mènent au carreau de l’ancienne fosse 13. Nous pouvons aussi nous déplacer dans les Hauts de France. Dans ce cas nous adaptons les balades au site sur lequel nous évoluons. Ces balades peuvent durer de 30 minutes à plusieurs heures, auquel cas nous avons la possibilité d’emporter un repas froid et de pique-niquer ensemble.

Cette association commence juste. Nous avons contacté quelques écoles d’enfants mal voyants et non-voyants du Nord Pas-de-Calais dont l’Institut des Jeunes Aveugles à Lille. Nous sommes aussi en contact avec l’école des chiens guides de Roncq et l’Unadev de Roubaix (Union nationale des aveugles et déficients visuels). Quelques personnes rencontrées sur les marchés de Noël doivent nous recontacter.

Nous avons appris à penser « âne »

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Et puis nous connaissons Georges Baillet, ânier lui aussi et dont vous avez déjà parlé dans votre magazine. Il est à Berck-sur-Mer. Il a créé son association Berck à Dos d’Ânes qui est fondée sur le patrimoine.Il nous a aidés à créer notre association et nous donne aussi de précieux conseils sur les ânes. Même si on a l’impression de les connaître, ils nous apportent toujours plus et nous forcent à réfléchir sur nous-mêmes. Ils nous remettent sans cesse en question. Avec les longs moments passés en leur compagnie, nous avons appris à les connaître, à anticiper leurs réactions, évaluer leur comportement face aux chiens, aux feux d’artifice, à la musique, aux lumières artificielles et le plus important face aux personnes et surtout aux enfants. On se demande souvent qui apprécie le plus qui !

Nous avons appris à penser « âne » en temps réel. Chaque nouvelle sortie est une découverte. Ils ne cessent de nous étonner et de nous surprendre par leur douceur et leur recherche du contact avec l’homme et la femme et surtout... les enfants ! »

N’hésitez pas à faire connaître autour de vous « Avec les yeux de l’âne » et à les contacter si vous connaissez des enfants malvoyants et non-voyants qui pourraient avec leurs parents faire une rencontre avec ces êtres merveilleux que sont les ânes !

Ces moments privilégiés se poursuivront  pendant le goûter qui est offert par l’association. Chaleur et convivialité seront au rendez-vous ! ■

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