Utilisation de la graine de lin chez l'âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/11/2012


Utilisation de la graine de lin chez l'âne

Dans notre numéro 51, sur la thématique « Tiques & gratouilles », nous évoquions l'utilisation de la graine de lin chez l'âne comme répulsif aux insectes. Une lectrice nous a fait remarquer que l'usage de cette plante n'était pas si facile, aussi avons-nous décidé d'approfondir la question.

TEXTE & PHOTOS : CAMILLE RISTORI

Les vertus des graines de lin…

Le lin Linum usitatissimum, est cultivé dans le monde principalement pour ses fibres mais aussi pour ses graines oléagineuses. Sa graine contient plus de 40% d'une huile exceptionnellement riche en oméga-3. Aujourd’hui les graines de lin ont la cote ! … Elles ne coûtent pas cher et ont de multiples qualités.

Une concentration exceptionnelle en lignanes

Le lin est la plante cultivée qui contient le plus de lignanes dans ses graines. Composés phénoliques qui ressemblent aux phyto œstrogènes, les lignanes sont de puissants antioxydants qui contribuent à lutter contre les radicaux libres. Ils atténuent les modifications cancéreuses déjà apparues et les rendent moins susceptibles de proliférer de manière incontrôlée et de provoquer un cancer. Une étude menée sur des cobayes a démontré une diminution de 50% des tumeurs mammaires, après avoir ajouté des graines de lin à leur diète.

Une grande source d’oméga-3

Les graines de lin font beaucoup parler d'elles ces temps-ci parce qu'elles sont une source importante d’oméga-3 (autrefois appelés Vitamine F) que nos organismes de mammifère ne savent pas synthétiser. Présents en grande quantité dans la graine de lin sous forme d'acide alpha-linolénique et linoléique, ces acides gras essentiels agissent dans l'organisme pour protéger les membranes cellulaires qui ainsi laissent passer les nutriments sains et bloquent les substances dangereuses. Ils jouent un rôle important dans la protection des fonctions cérébrales et la prévention des maladies cardiovasculaires. Des études sont en cours par rapport aux maladies inflammatoires et immunitaires pour lesquelles le lin pourrait également jouer un rôle préventif.

Propriétés digestives...

Grâce à leur richesse en fibres solubles et insolubles, les graines de lin aident à abaisser le cholestérol sanguin, à contrôler la glycémie et à réguler le transit intestinal.

…et nutritionnelles

Les graines de lin ont en plus de leur richesse en matière grasse, une bonne teneur en protéines : 20%, autant que la viande de poulet ! Trois cuillères à soupe de lin broyé contiennent autant de protéines qu’un gros œuf !

Et plus spécifiquement pour nos ânes, la graine de lin est efficace pour :

  • stimuler et réguler la digestion (constipations, problèmes intestinaux) ;
  • protéger la muqueuse gastro-intestinale ;
  • apporter un meilleur équilibre nutritionnel ;
  • donner un poil brillant, une peau souple ;
  • contribuer à l'extensibilité et l'élasticité des muscles et tendons ;
  • nourrir articulations, tendons, sabots et peau ;
  • soigner divers maux (abcès, enclouures, rhumatismes…) avec des emplâtres ou cataplasmes aux graines de lin bouillies ;
  • repousser les tiques qui détestent l’odeur des acides linoléiques imprégnant l’animal qui consomme du lin. Une cuillère à soupe rase quotidienne de graines de lin broyées suffirait.

Essayons !

Toxique, la graine de lin ?

Cyanures

Notre graine de lin contient aussi un agent cyanogène (générateur d’acide cyanhydrique, qu’on appelait aussi acide prussique). Ce cyanure bien supporté en faible dose (on le trouve dans les amandes amères, les noyaux de pêche ou d’abricot…) peut devenir très toxique à dose élevée.

Bouilli pendant 2 à 3 heures après avoir trempé 24 heures, le lin entre sans toxicité aucune dans la composition de « mashes ». En effet, dès 10 minutes d’ébullition, on inactive une enzyme, la linase, qui ne peut plus dégrader la linamarine en cyanure.

Dans la mouture à froid de la graine de lin, l’agent cyanogène ne serait pas nocif aux doses où on l’utilise. Selon un ouvrage canadien intitulé « Flaxseed, Health, Nutrition and Functionality », il est mentionné que seule une consommation importante d'aliments contenant les cyanogènes, combinée à une alimentation insuffisante en iode, pourrait présenter un problème.

Rancissement

Les oméga-3 du fait de leur concentration élevée rendent le lin transformé très sensible à l’oxydation, phénomène de dégradation des acides gras qui peut donner un goût rance annonçant un produit devenu toxique.

Contre-indications

Ne pas utiliser de graines de lin en cas d'occlusion intestinale. De plus, elles ne sont pas recommandées aux animaux ni aux personnes qui ont des diverticules à l'intestin : les graines peuvent se coller à la paroi intestinale et provoquer une inflammation.

Interactions

Le mucilage contenu dans les graines de lin pourrait diminuer l'absorption de certaines plantes et certains médicaments, il est donc préférable de les consommer deux heures avant ou après la prise de ces produits.

Des préparations traditionnelles aux préparations modernes innovantes

Comment consommer les graines ?

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Graines bouillies : autrefois, les éleveurs préparaient une bouillie de graines de lin appelée « gâche », « gâteau de lin », « bouillie », ou « mashes ». Aujourd’hui encore les graines de lin sont distribuées au bétail après une cuisson préalable. D’abord mis à tremper pendant 24 heures, le lin est ensuite bouilli 2 à 3 heures. La cuisson oxyderait-elle les oméga-3 ? Selon les tests menés par la Commission Canadienne des Grains, la teneur en oméga-3 d'un mélange contenant 28% de lin moulu demeurerait inchangée après une cuisson à 180°C pendant deux heures. En revanche, d’autres sources indiquent qu’il ne faut pas cuire les graines de lin afin d’éviter l’apparition d’un goût rance.

Graines moulues : si la graine de lin entière est efficace pour les intestins... on est loin d’en retirer tous les bienfaits, à moins de la mastiquer consciencieusement, longtemps et avec de bonnes dents ! … En effet, la graine de lin entière n’est pas digérée car son enveloppe extérieure résiste aux enzymes de la digestion.
Pour profiter de tous les bienfaits nutritionnels du lin, on conseille aujourd’hui – notamment au Canada, premier pays producteur de lin - de moudre les graines avant de les consommer crues mais en petite quantité, pour en tirer le bénéfice maximum.
Il vous faut alors acheter des graines de lin entières et les moudre au fur et à mesure de vos besoins. Les graines de lin moulu s’oxydant rapidement, elles doivent être conservées au réfrigérateur dans un contenant opaque et hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Il est bon de les consommer dans la semaine. Entières, les graines de lin se gardent un an à température ambiante. En cas de doute, utilisez votre nez : si une odeur désagréable émane des graines broyées (idem pour l'huile), elles sont rances et toxiques, elles ne doivent pas être consommées.

Cataplasme

Mettre 3 cuillères à soupe de graines de lin broyées à chauffer dans 1/3 l d’eau jusqu’à ce que le mélange devienne gélatineux et suffisamment consistant. Appliquer tiède sur l’endroit concerné, puis dans la mesure du possible recouvrir d'une serviette épaisse pour garder la chaleur. A renouveler matin et soir. Au niveau du sabot, appliquer cette pâte le plus chaud possible sur la sole (sans brûler la peau !) dans un « sur-sabot » fait exprès (à défaut fermer l’emplâtre avec un sac plastique).

Graine de lin étuvée ou extrudée ?

Actuellement, l’idéal est la combinaison des deux. L’étuve, dans un premier temps libère les amylases, permettant la libération des acides gras. La cuisson dans un deuxième temps bloque la béta-oxydation et détruit parallèlement les facteurs anti-nutritionnels représentés par les composés cyanogènes (c’est ce que réalise l’extrusion).

La thermo-extrusion

Le procédé de thermo-extrusion permet d’extraire la matière grasse contenue dans la graine pour rendre les fameux oméga-3 plus assimilables par le système digestif. Une fois cette matière grasse libérée, il est nécessaire de la stabiliser pour obtenir une matière de type farine. On utilise alors d’autres aliments (céréale, pois protéagineux, sarrasin, pulpe de betterave…) qui agissent comme des buvards. Ils se gorgent de la matière grasse extraite de la graine de lin. Il en ressort alors un produit de qualité, facilement conditionnable et utilisable, sans risques pour la complémentation animale (ou humaine).

Les graines plus intéressantes que l’huile ?

L’huile de lin peut également être consommée par les animaux comme par l’homme (sa teneur en oméga-3 est très élevée : 7,7 g pour 1 cuillère à soupe d’huile), en revanche, contrairement aux graines, elle ne contient ni lignanes ni fibres. Mais attention, après l’ouverture, l’huile de lin vierge s’oxyde très vite ! Il est donc nécessaire de la conserver au réfrigérateur et de ne pas la garder plus de 3 mois.

L'huile de lin ne convient pas à la cuisson, elle ne doit pas être chauffée, mais les graines entières ou moulues peuvent être incorporées à des gâteaux ou des pains.

Quelle quantité donner aux ânes ?

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Crues, les graines de lin peuvent être données en petite quantité : une poignée par jour pour un âne, sans inconvénient, si ce n’est une moins bonne assimilation que celle de la graine cuite, moulue, ou extrudée. La quantité idéale à servir par jour est dépendante de la quantité totale d’oméga-3 apportée par le foin et les concentrés. Pour bénéficier des avantages de la graine de lin sur le système immunitaire et sur la santé en général, une quantité moyenne d’environ 50 g/jour est recommandée pour un âne de 200 kg, par cures de 3 semaines ou plus.

De manière plus rationnelle, on compte pour la distribution de lin 20 à 30 g/âne de 100 kg en entretien, et pour des soins plus intensifs 50 g/âne de 100 kg, en cure de 3 semaines. La forme de graine est la moins bien assimilée à moins qu’elle ne soit cuite, la farine fraîchement moulue est plus riche, mais veiller à ne pas trop monter les doses, et la forme thermo-extrudée, la plus assimilable sans risques, est vivement conseillée dans les rations plus importantes.

Le protocole de base utilisé pour les animaux prévoit un mélange d’environ 5 à 7% de la ration alimentaire sous forme de graines de lin extrudées. Mais la graine de lin, de par sa teneur en oméga-3, présente un profil nutritionnel proche de celui de l’herbe de printemps : si l’animal a accès à de l’herbe de printemps, les besoins en lin seront nettement diminués.

Il est bon dans tous les cas de prévoir des temps de repos dans une complémentation très riche, notamment dans les périodes où l’herbe est abondante. Et si l’on souhaite donner des graines de lin dans la durée (âne âgé ou fatigué), mieux vaut diminuer les doses quotidiennes.

Bon lin à tous ! ■

Je remercie le Dr. Bernard SCHMITT -Directeur de Recherche au Centre d'Enseignement et de Recherche en Nutrition- et M. Guillaume CHESNEAU -de la société Valorex qui a mis au point le process de fabrication du lin thermoextrudé- pour les réponses qu’ils m’ont apportées.

Mots clés thermo-extrusion lignanes oméga-3 médecine alternative graine de lin antioxydant tiques cyanure lin cataplasme