Soigner petits et gros bobos de votre âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/08/2015


Soigner petits et gros bobos de votre âne

Dans la vie d’un équidé, une blessure est vite survenue. Quels réflexes face à la découverte d’une plaie ou d’un accident ? Comment réagir et que faire ? Comment limiter les risques ? Suivez le guide…

TEXTE : DR VÉTÉRINAIRE JENNY HARY - PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

Heureusement la majorité des plaies sont simples et se soignent facilement sans séquelles. Mais parfois une plaie ou un traumatisme peuvent être importants et nécessitent une prise en charge plus lourde.

Le vocabulaire pratique des plaies

Une plaie se définit comme une discontinuité des tissus ayant une origine extérieure (blessure ou plaie chirurgicale).
Dans sa forme la plus simple elle correspond à une éraflure ou à une abrasion et laisse apparaître un tissu rosé sous-cutané.
Une blessure atteint des structures plus profondes avec généralement des saignements plus marqués.
Les contusions sont des conséquences de coups ou de chutes, sans forcément effraction de la peau, les hématomes et les meurtrissures musculaires en sont des exemples.
Plus ennuyeuses sont les coupures et pires sont les dilacérations qui peuvent découler d’une morsure ou d’un accident de barbelés par exemple.

Profitons-en tout de suite pour insister sur ce point fondamental :

Les fils de fer barbelés sont À BANNIR

En cas d’accident, ils provoquent une panique et des tentatives de libération infructueuses qui finissent par complètement déchirer les muscles et les tendons des membres et créent des catastrophes. L’âne se comporte plus calmement qu’un cheval face à une situation angoissante mais c’est tellement simple de l’éviter.

  • Si vous avez des barbelés, veuillez changer vos clôtures avant de poursuivre cette lecture, ce sera fait.
  • Si vous avez des clôtures sécuritaires, alors rendez-vous au prochain paragraphe.

Comment agir ?

Plaie simple superficielle

Vous découvrez une plaie simple peu profonde et votre cher compagnon va bien : rentrez-le ou ramenez-le en main au plus près de l’écurie et nettoyez ce vilain bobo à l’aide d’eau teintée de Bétadine solution (la jaune). N’hésitez pas à rincer correctement la plaie. Selon la localisation, l’emploi de compresses facilite ce travail (sur la tête par exemple).
Séchez ensuite la zone en tamponnant avec une compresse propre, puis appliquez un produit cicatrisant et antiseptique (ou du miel hors période à insectes) et protégez la plaie (bandage, pansement) dans la mesure du possible. Il est important de soustraire la plaie à la poussière et aux mouches.
En été, utilisez un répulsif au moins localement autour de la zone de la plaie. Le pansement sera changé chaque jour, et la cicatrisation survient en une douzaine de jours en moyenne.
Toute réaction locale exacerbée est anormale. Au moindre doute, prenez l’avis d’un professionnel.

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  • Ayez toujours avec vous un licol et une longe pour pouvoir ramener votre âne en toute sécurité si besoin était.
  • Créez votre trousse de premiers secours : compresses, torchons propres, Bétadine Solution et eau (en bouteille sera plus saine), pommade cicatrisante antiseptique et/ou bombe de spray antiseptique, Élastoplast pour les pansements, répulsif à insectes.
  • Faites votre petite liste de courses s’il vous manque des choses (on ne bouge pas), puis reprenez votre lecture au prochain paragraphe.

Plaie moyenne avec animal non choqué

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Nettoyée et désinfectée régulièrement, cette plaie est ensuite protégée par une couche pour bébé qui enveloppe bien le sabot de l'ânesse.

Si vous découvrez une plaie assez profonde qui saigne et que l’animal semble aller bien, la première chose à faire est de limiter le saignement par compression de la zone avec des compresses ou avec un torchon propre ou un vêtement. Si vraiment la zone est souillée de boue, de paille, ou de gravillons, vous pouvez rincer la plaie délicatement à l’eau avant de comprimer. Placez l’animal en sécurité sur une zone accessible plate et propre sans parcourir une longue distance, l’abri du pré peut convenir.

Une fois ces premiers secours réalisés, vous pouvez contacter votre vétérinaire qui évaluera plus précisément les lésions et effectuera les soins de la plaie. Il vous indiquera la marche à suivre pour les jours suivants. En général l’animal est placé sous anti-inflammatoires et sous antibiotiques.

Si vous n’avez pas encore de vétérinaire pour votre âne, cherchez en un tout de suite, c’est l’occasion. (On vous garde la page ne vous inquiétez pas).

Si vous avez trouvé votre vétérinaire, notez ses coordonnées partout (dans l’écurie ou dans l’abri du pré, à l’intérieur du licol ou sur un porte-clés étiquette, dans votre véhicule, dans votre portefeuille…) et poursuivez votre lecture.

Traumatisme important et/ou animal choqué

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Bosco se remet doucement d'une chute du haut des remparts de la citadelle, suite à ce qui semble être un acte de malveillance. (Élevage Ânes en Culotte - Île de Ré)

Nous redoutons tous de trouver nos animaux gravement blessés. Accident de chasse, chute, attaque, accident de clôture… peuvent malheureusement arriver. Si vous trouvez votre animal manifestement traumatisé, coincé, couché ou qui ne peut se déplacer (suspicion de fracture) avec des plaies apparentes ou non, votre premier réflexe sera de contacter quelqu’un si vous le pouvez et je ne vous dirai pas le contraire.

Si vous pouvez téléphoner immédiatement, appelez d’abord votre vétérinaire ou les pompiers (chute dans un ravin ou accident de la voie publique). Ensuite contactez une autre personne qui pourrait vous aider.

Si vous ne pouvez pas téléphoner : sécurisez au mieux la zone de l’accident ainsi que votre âne et partez chercher de l’aide. Si quelqu’un peut rester avec l’animal c’est mieux. Avertissez la première personne que vous croisez et téléphonez le plus tôt possible.

Que faire en attendant les secours ?

  • Sécurisez l’animal, signalez sa présence, limitez le risque de suraccident ;
  • S’il s’agit d’un enchevêtrement dans des barbelés, alors sectionnez les fils de fer de part et d’autre sans toucher la plaie, juste pour libérer l’animal de la clôture ;
  • En cas de traumatisme par un corps étranger, mieux vaut laisser celui-ci en place et le laisser retirer par le vétérinaire ;
  • En cas de brûlure et selon les possibilités, essayez de couvrir les zones avec des linges humides ;
  • En cas d’envenimation ophidienne (ou morsure de vipère), faites un garrot au-dessus de la morsure et maintenez votre âne le plus calme possible pour limiter la diffusion des toxines ;
  • D’autres conseils peuvent vous être prodigués par téléphone selon la situation ;
  • Si vous devez transporter un animal accidenté, calez-le parfaitement dans le van à l’aide de bottes carrées et placez les membres atteints vers l’arrière de la remorque.

Réduire les risques d’accidents
et de complications au quotidien

Ne jamais utiliser de barbelés pour les clôtures ;

Les morsures de chiens peuvent causer d’importants dégâts, et le risque d’infection est important. La clôture électrifiée est très dissuasive envers les canidés ;

Éviter les pâtures présentant un danger évident (ravin, route passante, proximité d’un paratonnerre…) ;

N’équiper ses ânes qu’avec du matériel en bon état adapté à leur morphologie et à leur taille, avec des protections efficaces. En effet les plaies de harnachement sont compliquées bien que superficielles ;

Ne pas laisser ensemble des individus qui ne s’apprécient pas ou qui ne se connaissent pas. Les combats entre équidés peuvent être violents et les morsures parfois sévères ;

Ne pas laisser une femelle à la disposition d’un baudet car les morsures qu’il pourrait lui infliger peuvent être graves ;

La castration et la compagnie limitent grandement les risques de fugues donc d’Accidents de la Voie Publique ;

Faire correctement vacciner ses équidés contre le tétanos afin d’éviter une complication gravissime ;

Et bien sûr rendre visite au moins quotidiennement aux animaux, les inspecter attentivement et leur curer les pieds. Toute anomalie pourra ainsi être traitée rapidement et sera de meilleur pronostic.

Ces questions de blessures et d’accidents tracassent fréquemment tout propriétaire d’animaux, et ne sont pas des sujets joyeux de discussion. Le simple fait de préparer un matériel adéquat et de savoir dans quel ordre s’y prendre en cas de pépin peut permettre un meilleur déroulement des événements. Tout ce qui est anticipé permet de limiter le stress inévitablement causé par une situation difficile.

Rassurons-nous, les atteintes bénignes sont de loin les plus fréquentes et des soins attentifs locaux suffisent à guérir la majorité des plaies. ■

Mots clés âne soin fil barbelé plaie blessure