La santé de l'âne au travail

Les Cahiers de l'Âne • 01/07/2014


La santé de l'âne au travail

L’âne ou le mulet qui travaille mérite en plus des soins d’entretien habituels des attentions particulières. Nous allons ici faire un tour d’horizon des points à suivre pour le bien-être de nos animaux.

TEXTE : DR VÉTÉRINAIRE JENNY HARY - PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

Le harnachement doit être parfaitement adapté à l’animal et employé correctement. La ferrure peut être utile selon le terrain. Le pansage est absolument indispensable avant et après une séance de travail, avec curage des sabots obligatoirement. On considère comme travail tout exercice physique réalisé au moins deux fois par semaine avec fourniture d’un effort raisonnable. Une heure d’attelage ou de traction constitue déjà une séance de travail. On ne négligera jamais l’échauffement progressif en début de séance.

Mise au travail et âge

La croissance dure longtemps et brûler les étapes peut causer des dégâts ostéoarticulaires voire psychiques importants. On préconise de débuter l’entraînement progressivement entre 18 et 24 mois, avec l’acceptation du matériel peu à peu et des séances courtes de 30 minutes toujours récompensées. La durée des séances pourra être peu à peu augmentée. Si on veut habituer l’âne à tirer, ne placer derrière lui que des objets légers sans dépasser 10 % de son poids. Le but du travail entre 18 mois et 3 ans sera surtout de l’habituer à toutes situations, aux bruits, et aux ordres par la voix. Un âne correctement initié et musclé en ce sens peut être prêt à partir de 4 ans.

Soins à l’animal au travail

Concernant l’entretien d’un âne ou d’un mulet d’utilité, on s’attachera à lui fournir par l’alimentation de quoi couvrir ses besoins qui sont augmentés légèrement. La qualité du fourrage sera améliorée. En général ce seul changement suffit à apporter l’énergie nécessaire. Seul un travail vraiment intensif pourra justifier la complémentation de la ration au niveau énergétique.

On laissera boire très régulièrement un animal qui travaille. L’âne et la mule sont des animaux endurants qui travaillent non pas dans la performance mais dans la régularité. Attention cependant à ne pas le laisser boire une très grande quantité d’eau très froide d’un seul coup sinon les risques de coliques seraient augmentés.

Les pieds feront l’objet d’une attention accrue avec curage à chaque fois avant et après le travail. La ferrure si elle est décidée (travail sur sol dur intensif) doit être vérifiée à chaque séance de travail. Le maréchal doit voir les pieds en moyenne toutes les 6 à 8 semaines dans tous les cas. Cela dit le travail use la corne et est en général plutôt bon pour les pieds.

Plaies de harnachement

undefined

Une plaie de harnachement ? Animal au repos !

Le problème le plus fréquent est celui des plaies de harnachement souvent du fait d’un matériel mal adapté ou mal entretenu. Les cuirs doivent rester souples, être nettoyés régulièrement et graissés quelquefois. Le choix du matériel est primordial et la taille doit aller parfaitement. On ne peut pas utiliser le matériel d’un animal pour un autre. Parfois même la réalisation de pièces sur mesure ou leur réglage par un professionnel est souhaitable. Ces plaies sont au départ petites et superficielles, mais non traitées elles deviennent parfois incurables et ne cicatrisent jamais. Toute abrasion doit entraîner un changement de matériel ou au moins la mise en place de protections supplémentaires comme des rembourrages, des pads ou des tapis.

Choix du matériel

La bricole peut servir pour plusieurs animaux de même gabarit pour de petits travaux. On trouve son origine dans les services de la poste à cheval qui nécessitait des changements faciles de chevaux. Elle est à réserver pour les toutes petites tâches faciles et rapides à effectuer. La bricole est plus facile à régler et plus adaptable, mais elle peut générer des problèmes lombaires si elle est mal employée ou comprimer la cage thoracique si elle est mal positionnée. Le collier est une pièce idéalement réalisée sur mesure et qui s’adapte parfaitement à la morphologie de l’âne. À utiliser impérativement dès lors que le travail est long et difficile. Cela implique des réglages et l’intervention les premières fois d’un professionnel expérimenté. Le collier doit toujours rester droit, ne pas pencher ni en avant ni en arrière lors du travail. En revanche, un collier limite légèrement la mobilité des cervicales basses lors de l’incurvation, phénomène compensé par les cervicales hautes et les premières vertèbres dorsales.

undefined

Le mors est à nettoyer systématiquement après chaque usage.

La plupart du temps pour travailler on utilisera une embouchure et un bridon, d’où l’importance d’un suivi dentaire très régulier. Deux fois par an serait mieux qu’une seule fois car des troubles dentaires pourraient altérer le confort au travail et le compliquer. À propos de l’embouchure, un mors brisé à olive en caoutchouc semble le plus doux car la bouche de l’âne est sensible. Certains affectionnent sinon le mors à aiguilles brisé. Le mors doit être lavé après chaque utilisation afin de ne jamais blesser la bouche.

Troubles locomoteurs

En attelage l’épaule subit des contraintes particulières. L’articulation scapulohumérale est contrariée et subit des chocs qui rendent certaines atteintes fréquentes comme l’épaule basse et l’épaule haute définies en ostéopathie et qui sont rectifiées par un traitement ostéopathique et des mesures de ré-entraînement et adaptation. L’arthrose de l’épaule est fréquente et favorisée par les chocs directs de la bricole ou du harnais au cours du travail sur l’articulation.

L’accrochement de la rotule est fréquent surtout chez les animaux jeunes. Les ânes et mules ont une prédisposition à ce trouble du fait même de la forme plate et haute de la rotule. L’élongation des ligaments et le défaut d’une musculature suffisante aboutissent facilement à l’expression de l’accrochement : le membre postérieur concerné se bloque en extension et reste ainsi coincé ou se replace à la faveur d’un mouvement ultérieur. Les animaux sensibles pourront être suivis par ostéopathie, homéopathie et phytothérapie avec une amélioration souvent notable. Le travail organisé fait partie du traitement en vue de muscler le genou. Un parage favorable des pieds peut faciliter la marche en évitant l’accrochement. La chirurgie orthopédique reste envisageable dans certains cas sérieux. Le rachis (colonne vertébrale) dans son ensemble peut être touché de tensions et problèmes au niveau des vertèbres dorsales ou thoraciques, ou des vertèbres lombaires et sacrées, avec même parfois des sub-luxations de la jonction sacro-iliaque.

undefined

Un collier convient à un animal et à un seul. Trop grand et donc mal adapté, le collier mis à cet âne provoquera une arthrose handicapante et très douloureuse causée par les chocs répétitifs sur l'articulation des membres antérieures.

Comme dans toute discipline, l’attelage ou la traction peuvent causer des troubles mécanistes. Bien souvent tout de même ces désagréments surviennent avec un matériel défectueux, mal entretenu ou mal utilisé ; avec un travail inadapté trop difficile ou trop physique ou avec un animal mal entraîné.

Tout travail débute par une initiation et progresse dans le temps vers des exercices plus difficiles ou plus physiques. L’animal doit être musclé et en bonne condition physique. L’ostéopathie parvient à diagnostiquer des troubles locomoteurs ou autres avec ses mots et à restaurer les fonctions là où l’allopathie trouve parfois ses limites. Un âne ou une mule qui travaille mérite des soins ostéopathiques et éventuellement un suivi.

Comportement et travail

Globalement les asinés et hybrides sont des animaux qui s’économisent et travaillent dans la durée de l’effort. Ils n’iront pas au-delà de leurs possibilités. On ne les contraint pas au travail, on les accompagne. En revanche tout changement de comportement ou un refus inhabituel peut être le signe d’un problème de santé ou locomoteur. Cependant, paroles d’éleveurs et de muletiers, les problèmes sont aussi rares que graves. La mule est un animal sensible et très fort, mais sa beauté ne doit pas faire oublier son tempérament délicat, ce n’est pas un animal à mettre entre toutes les mains. L’âne (castré si c’est un mâle) est en général plus doux pour découvrir une discipline.

Autres considérations

La visite d’achat d’un âne ou d’un mulet pour une activité sportive devra être orientée et approfondie en ce sens avec parfois la réalisation de clichés radiographiques ou un examen orthopédique en sus. Les vaccinations seront tenues à jour et adaptées si les animaux sont amenés à se rendre à des rassemblements foires, fêtes, compétitions… en particulier le vaccin contre la grippe équine. Le transport doit être lui aussi pensé dans un van ou un camion sécurisé. L’emploi d’antiparasitaires externes est utile lors de travail en milieu infesté de tiques, moustiques ou autres. Le stress d’une compétition peut être ressenti par un animal et quelquefois des coliques liées peuvent être observées. En général la sudation est un signe de stress chez l’âne. Des formulations homéopathiques ou des destressants doux peuvent être employés pour gérer des situations difficiles.

En conclusion

Retenons que les ânes et mules sont faits pour travailler, ils ont une nature endurante et forte, cependant on leur doit des soins attentifs et un respect majeur. Ne jamais forcer les choses ni se montrer trop impatient dans la progression du travail. ■

Le pansage

Avant tout, soyez à jour dans votre vaccination contre le tétanos ! Le pansage a plusieurs fonctions, l’entretien de l’animal, nourrir un moment privilégié qui aide à l’installation de la confiance bénéfique par la suite dans l’activité partagée, favoriser la circulation sanguine et vérifier s’il n’y a pas de blessures aux passages de sangles, dans la bouche aux commissures ou aux barres (espaces sans dents où le mors repose et agit en y prenant appui). Il s'agit de prendre soin de l'animal avant et après la mise au travail. On commence par le cure-pieds et l’on fait les indispensables contrôles des pieds et entretien des sabots. Puis on passe l’étrille, le bouchon, la brosse douce et ne pas oublier la crinière et les crins de la queue.

« Quand je dégarnis mon âne je ne porte pas de gants. Si un âne a les barres trop rouges ? C’est que le meneur a trop tiré, qu’il a eu la main dure. Et s’il y a un œdème sans présence de sang, ne rien mettre, sinon au lieu de durer une semaine, ça va en prendre plusieurs. Et s’il y a du sang, mettre de la bétadine. Dans les deux cas, ne pas atteler tant que tout ne s’est pas résorbé ».                 GÉRARD MARTIN

Mots clés âne travail bien-être trouble locomoteur plaie de harnachement soins mule santé mise au travail