un ânon rejeté né en hiver

sauver un ânon
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28/03/2017
récit du sauvetage d'un petit ânon né en hiver rejeté par sa mère et de toutes les difficultés rencontrées
L histoire de Filou

Il est né le lundi 16 novembre 2015, dans un troupeau d’ânes à Aniane, dans l’Hérault, des ânes en bon état mais les mâles entiers et les femelles étaient mélangés ce qui peut poser problème. Lors de la naissance, sa mère ne l’a pas voulu et bien mal accueilli (coups de pieds chaque fois que l’ânon s’approchait pour téter)
A 17h, coup de téléphone de ma fille :
« Est ce que tu veux bien recueillir un petit âne sinon il va mourir ? »
Pas trop le temps de réfléchir à quoi nous nous engagions, il fallait faire vite, donner une réponse.
« OUI, on vient le chercher »
Les ânes, on les connaît bien, nous les aimons beaucoup, nous en avons 23 pour une petite location d’ânes dans l’Hérault, nous avons eu parfois des bébés mais qui ont toujours été bien accueillis par leur mère et jamais de naissances à l’aube de l’hiver.
Il faisait nuit, on nous a mis le petit paquet noir dans la voiture avec une boite de lait en poudre (qui était d’ailleurs périmée, les propriétaires des ânes devaient donc déjà avoir eu ce genre de problème)
Il faisait froid, un vent glacial. En arrivant à la maison, nous nous sommes concertés, impossible de le laisser dehors, alors on lui a aménagé un parc à l’intérieur. Notre maison n’est pas bien grande, c’est un petit chalet, nous avons mis des petites barrières en grillage rigide, une bâche en plastique au sol et une grosse couverture dessus et Filou est rentré à la maison, un peu surpris mais pas trop affolé, il sentait bien que son salut était là.
Essai des premiers biberons, pas évident, ça coulait de partout, il ne comprenait pas trop le contact de cette tétine en caoutchouc, mais avec beaucoup de patience et de temps, il a réussi à en boire un peu, le premier petit pas vers la vie était fait.
Petit à petit en lui présentant souvent les biberons il a fini par en boire un complet, la première nuit très inquiets nous nous sommes levés souvent, il se tenait toujours debout, il fallait insister un peu mais il finissait par boire, je n’avais qu’une peur c’est qu’il fasse une fausse route, je savais qu’il pouvait avaler de travers et qu’un peu de lait pouvait partir dans ses poumons ce qui risquait d’occasionner une infection, de plus n’ayant pas eu le colostrum, il n’avait pas beaucoup de défenses, mais la mère était sauvage, elle n’avait jamais eu de licol, impossible me semblait il d’aller la traire !
Le soir même j’avais appelé le véto, il n’avait pas de poche de colostrum, il m’a dit qu’on en trouvait plus. Il n’avait pas toutes les chances de pouvoir survivre, il fallait se battre avec tout notre amour pour les animaux et les ânes en particulier.
Ce petit âne ne se couchait jamais, peut être se sentait il en danger sans sa mère pour le protéger, il avait peur de ne pas pouvoir se relever ou il n’avait pas d’exemple et ne savait pas se coucher, alors de temps en temps, on l’allongeait pour qu’il se repose un peu, mais cela ne durait jamais bien longtemps.
Le lendemain, je suis vite aller chercher du bon lait chez le veto et je lui ai posé plein de questions sur la conduite à suivre.
C’était l’année des F , nous l’avons appelé Filou, le lendemain , 1ère sortie à l’extérieur , il faisait froid , je me suis fait prêter un manteau pour gros chien, cela lui allait parfaitement , mais ne lui plaisait pas beaucoup, comme nous étions ses seuls repères il nous a suivi partout, un peu chancelant, pas très vaillant sur ses pattes , et petit à petit il a pris un peu d’assurance, et la journée s’est passé tant bien que mal , on lui a fait un petit enclos, tout petit, à côté de ses congénères pour qu’il s’habitue à leur présence, on a mis une grosse peluche dans le petit parc, et quand on le couchait à côté d’elle il restait un peu plus longtemps, enfin c’est ce qu’il nous semblait. Pour les biberons ce n’était pas toujours facile, nous lui présentions toutes les 2h, mais parfois il fallait un peu insister.
Cette histoire de colostrum nous tracassait, et je décidais d’aller traire quand même l’ânesse, même si le colostrum doit être pris dans les premières heures, je pensais qu’un peu de lait de sa maman contiendrait des bonnes choses qui pourraient quand même un peu l’aider.
Entreprise de folie, mais ma fille est persévérante et obstinée quand il s’agit de sauver un animal, et après avoir réussi à capturer l’ânesse, l’avoir entravé, à 4 nous avons réussi à lui subtiliser 50ml de son lait, tant pis c’était toujours ça de pris et ça l’aiderait peut être.
Le surlendemain, mercredi, en le sortant, nous avons tout de suite vu , qu’il n’était pas bien, il ne bougeait pas beaucoup, était abattu, nous avons pris sa température, 39.2, aie… heureusement il continuait quand même à téter, il s’accrochait, bon signe, nous avons vite appelé le véto, malheureusement il n’était pas libre avant la fin de l’après midi, la journée allait être longue et difficile, nous n’avons pas relâché notre attention, il faisait beau , la fièvre restait stable ,et il mangeait régulièrement . Enfin le vétérinaire est arrivé, après auscultation, il a pensé qu’un peu de lait était parti dans ses poumons et avait crée un foyer d’infection, pour le sauver un traitement lourd, plusieurs piqûres matin et soir pendant 10 jours. Prêts à tout pour le sauver, les piqures sur un petit âne de 3 jours ce n’est pas facile, on a si peur de lui faire mal, mais on y arrivera. D’ailleurs les effets des premières piqures faites par le professionnel se faisait déjà sentir, la fièvre avait bien baissé et pour montrer qu’il voulait bien se battre il commençait à boire avec une rapidité étonnante.
Filou dormait toujours à la maison d’ailleurs dès que la nuit tombait il montait sur la terrasse se calait derrière la porte et attendait « ben alors c’est l’heure, je ne vais pas passer la nuit dehors, dépêchez vous » la journée il visitait un peu la propriété mais ne s’éloignait jamais bien loin de nous, il passait quelques moments dans son enclos. Les piqures étaient une épreuve difficile pour lui et pour nous. Plus de fièvre du tout, il commençait à trottiner et faisait même de temps en temps un petit galop, histoire de se dégourdir les pattes.
Lundi suivant, déjà une semaine que nous vivions à son rythme, la fatigue se faisait sentir, les nuits entrecoupées de biberons étaient parfois difficiles, mais qu’importe il allait bien, c’était l’essentiel.
Les biberons il les buvait par 2 et à un rythme déconcertant, il n’aimait pas rester seul dans son enclos, et mon mari craquait souvent et allait le chercher, comme il était entrain de réparer la voiture, l’âne restait souvent près de lui, fouillant dans les clés diverses promenant les chiffons, d’ailleurs dès que je le sortais de l’enclos il filait vers la voiture et cherchait Christian en regardant sous le véhicule.
Plus que quelques jours de traitement, le vétérinaire revint le vendredi, fin des piqûres, il écouta, plus de bruit, Filou était guéri, d’ailleurs, fait exprès il galopait partout pour montrer au véto comme il allait bien. Il fallait donner plus de lait et espacer un peu les tétées. Est-ce que la partie était gagnée ?
Pas tout à fait, un soir à la maison, il nous fit une frayeur terrible, il tomba en arrière, et fit une espèce de convulsion, il se remit cependant vite sur ses pattes et bu son biberon, nous fûmes très inquiets, on pensait qu’il était sauvé, mais l’équilibre était encore bien fragile et de nouveau nous doutions du résultat. Nous pensions à un coup de chaleur peut être qu’il faisait trop chaud dans la maison, mais les nuits étaient tellement froides dehors et ce n’était vraiment pas la bonne saison pour la naissance d’un petit âne !
Nous décidâmes de le changer de pièce pour qu’il soit éloigné de la source de chaleur, pendant quelques jours, cela sembla aller mieux, il buvait pratiquement un litre par tétée, mais nous notions qu’au moment du biberon souvent il titubait, était ce l’excitation ?
Il avait 15 jours , nous étions toujours un peu inquiets , il lui arrivait parfois encore de tomber , toujours au moment du biberon , un jour , nous avions pris un peu de retard pour la tétée, il sortit de l’enclos, j’avais le biberon à la main et de nouveau tituba, tombit et fit de nouveau une sorte de convulsion, il se releva et but son biberon entier. Quelle frayeur ! Comment expliquer ces crises, appelait le véto, lui décrivit la scène, cela lui fait penser à une crise d’hypoglycémie, il fallait donc ne pas trop éloigner les tétées.
On lui présenta du foin mais cela ne l’intéressait pas encore, est ce que c’est l’exemple de sa mère qui lui manquait ?
Il allait bientôt avoir 3 semaines, on lui avait fait un abri bien capitonné, à côté de la maison , il vait passé sa première nuit dedans et n’avait semblé guère apprécier son nouveau logis, le matin à 4h il avait refait une petite crise et n’ avait pris qu’un biberon est ce le stress de se retrouver tout seul ?
Ces crises étaient inquiétantes, et je me demandais s’il n’avait pas des manques dans son alimentation, mais que faire ?
C’est vrai, il y a des choses plus graves et des enfants meurent de faim et de manque de soin et nous en faisions peut être trop pour sauver Filou, mais voilà on s’était lancé dans cette aventure et si près du but on n’avait pas envie de lâcher prise.
Filou allait avoir 1 mois, déjà ! Voilà presque’une semaine qu’il n’avait plus fait de petites convulsions, nous espérions bien qu’il était sauvé pour de bon. Il buvait 2 ou 3 biberons par tétée et savait très bien faire comprendre quand il avait faim en nous poussant avec son museau, il commençait à braire quand on le laissait seul dans son enclos, et quand il était en liberté ne s’éloignait guère de nous sauf pour faire des grands tours au galop, parfois il essayait d’aller si vite qu’il s’emmêlait les pattes et faisait des petites chutes, quand il se relevait, il paraissait très vexé… La seule chose qu’il détestait c’était rentrer dans son abri le soir, il fallait vraiment le pousser et il résistait avec vigueur, mais les douces soirées dans la maison à regarder la télé, c’était fini, plus possible, il devait reprendre sa place d’âne, et ce n’était pas facile à accepter.
Filou au bout d’ un mois et demi a beaucoup grandi et grossi, il prenait souvent 3 biberons par tétée qu’il avalait goulument souvent un peu trop vite, c’était un véritable pot de colle dès qu’il sortait de son abri, il tournait autour de nous en essayant de nous mordiller les pieds , on ne se laissait pas faire sinon plus tard il serait insupportable. De temps en temps on le mettait dans l’enclos des chèvres pour qu’il apprenne à vivre avec d’autres animaux, il acceptait, mais quand on allait le chercher il sortait de l’enclos comme une fusée, ce qu’il aimait par-dessus tout c’est être avec nous, il fallait qu’on fasse attention, sa vie future risquait d’être difficile si nous le gardions trop près de nous, difficile de résister, il était si attendrissant ! La vache zébu l’adorait dès qu’il s’approchait d’elle, elle le léchait consciencieusement avec sa grosse langue un peu bleue et lui aimait beaucoup cela puisqu’il restait à côté d’elle, s’exposant bien à ses léchouilles, c’était craquant, avant de les voir faire on se demandait pourquoi cet âne avait toujours la tête humide …
Il commençait à grignoter un peu de foin, et quelques granulés de lait mais assez peu et nous donnions des biberons toutes les 4h sauf la nuit dernier bib à minuit et 1er à 6h , Christian faisait celui du soir et moi le matin, des fois c’était un peu dur et contraignant tous ces biberons , difficile de s’absenter ! Encore 2 mois à tenir et cela irait mieux… Il ne faisait plus de crises bizarres, c’était tellement bien.


Filou est un petit âne merveilleux intelligent et affectueux, notre vieux berger allemand reste souvent auprès de lui comme pour le surveiller, il a conquis tout son entourage. Par contre nous espérons que son nom n’influencera pas trop son comportement, car il fait souvent des bêtises…

Voilà l’histoire de Filou, petit âne qui voulait vivre et qui a su saisir sa chance de s’en sortir.
Il a aujourd’hui un an et demi, il est grand et fort, vit dans l’enclos des lamas , avec un petit poney d’un an avec qui il joue tout le temps, ils sont inséparables, tout près de l’enclos des autres ânes, mais nous avons un peu peur de l’introduire avec les autres, peur de la réaction du troupeau, il est un peu particulier, sera-t-il accepté ? De toute façon, avant d’être introduit il faudra qu’il soit castré, car il y a 14 ânesses, et nous n’avons pas l’intention d’augmenter le cheptel !
Son éducation est un peu difficile car il est encore trop proche de nous et il a tendance à nous considérer comme ses copains de jeu, il essaie souvent de nous mordiller, et c’est dur car il faut tout le temps le gronder. C’est hélas, souvent le lot des petits ânes élevés sans maman pour donner les règles de conduite. Nous faisons de notre mieux mais rien ne vaut une vraie maman.

Nous remercions Jenny Hary vétérinaire des cahiers de l’âne qui nous a bien aidé par ses conseils.

Association beau Nez d'Ane à Gigean
Piernas mireille

Commentaires

com@belette.org 03/03/2018
Très jolie histoire. :-) Des nouvelles de filou ?