Chemin de saint Regis entre Haute Loire et Ardèche

Randonnée d'une semaine sur les traces de Saint Régis entre Le Puy en Velay (43) et La Louvesc(07)
20190516_144133.jpg Cernés de pissenlits
20190517_190546.jpg bivouac
20190518_183627.jpg avant la pluie
20190521_151522.jpg saint Régis
20190522_213227.jpg Les deux frères
10/12/2021
Aprés un début commun avec le Stevenson du Puy en Velay jusqu'au Monastier sur Gazeille le chemin traverse les hauts plateaux du Mezenc puis du Haut Vivarais. Étape à la basilique de La Louvesc et retour par le plateau granitique de Montfaucon et le plateau Volcanique du Meygal. Cette rando rend hommage à Jean-Francois Regis le Marcheur de Dieu qui a inlassablement parcouru cette région apportant un peu de confort matériel, de la chaleur humaine et spirituelle a beaucoup de démunis entre 1636 et 1640.Il est mort à La Louvesc le 31 décembre. Il fut canonisé en 1737.Plateaux d'altitude, forêts et paysage de sucs constituent l'essentiel du parcours.
Le Chemin de Saint Régis
Rando ânes du jeudi 16 mai au jeudi 23 mai 2019
La météo était pessimiste pour la prochaine semaine : « froid, pluie,
température nettement en dessous des normales saisonnières ».
Alors que faisons-nous ? La conférence au sommet entre Gilbert et moi rend un
verdict sans appel : « Nous partons jeudi 16 mai ». Nous ce sont Chocolat,
Ulysse, Gilbert et moi. Objectif : boucler le Chemin de Saint Régis en campant
au bord du chemin.
Les préparatifs déjà ébauchés s’accélèrent et jeudi à 5h45 nous allons chercher
nos compagnons qui ne sont qu’à moitié surpris après la révision générale de la
semaine dernière sous forme de randonnée bâtée et saccochée.
Nous partons de Brives Charensac par la voie verte jusqu’à la gare de coubon
(petite entorse au parcours officiel), la matinée est ensoleillée, le parcours
facile ; vogue la galère. Ulysse conduit Gilbert, Chocolat me guide ou l’inverse ;
Quelle importance !
Coubon et la pause petit pain et chocolat (celui qui est dans la tasse bien sûr) et
c’est la côte de l’Holme. Nos ânes se font un peu tirer l’oreille (c’est une image)
pour la monter jurant mais un peu tard qu’on ne les reprendrait plus. Nous
leur expliquons par le menu les obligations d’un bel âne courageux et
responsable ne travaillant somme toute que quelques jours par an. Les
négociations rondement menées aboutissent à un compromis qui satisfera les
deux parties et durera jusqu’à la fin du parcours sans aucune autre forme de
revendication asine.
Midi nous restaure au Monastier sur Gazeille où nous laissons les randonneurs
partis sur le Chemin de Stevenson.
L’après midi nous emmène le long de chemins bordant des prés parsemés de
millions de pissenlits en fleur et c’est au pied des éoliennes de Barthes que
nous installons le premier bivouac. Un peu plus de 25km. Ânes attachés (corde
et tuyau d’arrosage) et alimentés, tente plantée, repas avalé la nuit n’est pas
tombée que nous dormons déjà.
Vendredi 17
Le vent a soufflé fort dans la nuit épargnant notre tente bien à l’abri mais à
1187m avec un temps nuageux à 6 h du matin il fait frisquet. Suivant le schéma
inverse de la veille au soir (déplanter, ranger, bâter) nous repartons
chaudement habillés (sous maillot d’hiver, caleçons, gants) et avec les guêtres
(nous les ôterons seulement le dernier jour). A la sortie de Moudeyres (pas de
chocolat ce matin tout fermé) arrêt : ce sont les grandes manœuvres d’avis de
tempête. Bâche sur les ânes, ponchos, bonnet, tour du cou nous transformant
en quatre silhouettes fantomatiques évoluant dans la bourrasque et
malheureusement sur le bitume jusqu’à Saint Front. Par bonheur une accalmie
météo nous permet de nous ravitailler mais toujours pas de chocolat car le bar
est en réparation. Saint Régis pourquoi nous as-tu abandonnés ?
Nous contournons le Lac avec plaisir le temps s’améliorant. Las ! Aux alentours
de La Poire (mais oui vous avez bien lu) une averse énorme nous oblige pour la
pause déjeuner à quémander à une mamy un endroit à l’abri. A moitié (et je
suis large, je devrais dire au dixième) rassurée elle nous permet de rentrer dans
son ancienne écurie où nous pouvons débâter (nous débâtons toujours à midi
car c’est une concession faites par nous dans les négociations du départ !) ; Sur
ces entrefaites le fils de cette dame arrive et en voyant ce camp (je devrais dire
ce champ de bataille) il faut un peu de diplomatie pour arrondir les angles mais
Gilbert est là, tout s’arrange et nous échangeons agréablement. Merci encore.
L’après midi est sans histoire et quelques kilomètres après Les Vastres nous
plantons notre tente et allumons un bon feu. En changeant la bouteille de gaz
je casse le réchaud et il faut toute la patience et l’habileté de Gilbert pour
fildeferrer tous ça et le rendre cahin caha à nouveau fonctionnel, il tiendra
jusqu’à l’arrivée. Merci Gilbert. Bonne nuit.
Samedi18
La matinée nous emmène à Saint Agrève et à sa traversée interminable. Un peu
avant Hugons nous faisons connaissance et discutons avec un grand ami des
ânes membre de Braire (un collègue donc) et d’ADADA et si le chemin ne nous
avait pas appelé peut-être serions nous encore en train de parler ânes.
Ravitaillement et pause déjeuner sur les hauts de Saint Agrève après que
Chocolat ai décidé d’uriner sur le trottoir en plein centre ville et Ulysse de
crotter sur le place principale. Oui Monsieur l’Âne propose, la vessie dispose et
les desseins des intestins asiniens sont impénétrables.
Après midi tranquille, du froid mais pas de pluie un chemin agréable, le lac de
Devesset, les bois de Rauchepaule et en fin de journée un petit pont
intraversable pour la gent asine. Il faut traverser à gué. Je me déchausse,
remonte mon pantalon et mon caleçon. L’eau est très froide. L’âne n’aime pas
l’eau aussi ….. Comment dire ? Nous les aidons un tout petit peu à s’engager
pour traverser et nos héros à grandes oreilles se retrouvent de l’autre côté un
peu vexés, mais toujours très dignes.
Le coin est magnifique pour camper et autour du feu nous passons une soirée
magique, une de ces soirées qui sont sur le podium des bons moments vécus
en rando. Au moment de se coucher « tient quelques gouttes. »
Dimanche 19
Il a plu toute la nuit et je vous confirme si vous en doutiez encore que plier et
bâter sous la pluie c’est dur pour le moral du randonneur et de son compagnon
à quatre pattes. Qui a dit « la pluie du matin réjouit le pèlerin ? »
Heureusement Rochepaule compte une
boulangerieépiceriecaféhotelbureaudetabacjournaux et une dame fort sympa
qui gère tout ça. Sa gentillesse et son chocolat (pas le notre) nous réchauffe le
cœur et les os puis c’est le départ vers Lalouvesc haut lieu du voyage. La longue
montée se fait sous une pluie glaciale emmitouflés que nous sommes, soit,
mais transis de froid. Enfin le village, visite et dévotions à la basilique et soyons
fous, repas au resto où nous apitoyons le patron qui jugeait qu’il était un rien
trop tard pour nous servir. Ouf premier (et dernier) repas chaud assis dans une
pièce chaude. L’apéritif et le vin ardéchois accompagnant le bon repas nous
sortons tout guilleret et nous partons d’un pas alerte suivant scrupuleusement
nos balises blanches et rouges. Il est quatorze heures trente, le chemin dans les
bois descend et est agréable. A 17h 10 nous apercevons enfin Saint Pierre sur
Doux. Tient c’est bizarre je trouve ce tout petit village bien grand ! Nous avons
un doute. Nous arrêtons une voiture : « comment s’appelle ce village ? »
« C’est Satilleu ». Nous sommes complètement à l’opposé de notre chemin.
Nous avons suivi le GR420 au lieu du GR430. Vous connaissez ce que d’aucun
appelle un grand moment de solitude ? Hé bien c’en est un. Le chauffeur nous
aurait bien ramené à Lalouvesc mais il s’est rétracté sous le futile prétexte que
nos ânes ne rentraient pas dans le coffre !! Quelle mauvaise foi !
Nous nous regardons Gilbert et moi : « on fait demi tour, cela fait partie des
péripéties du voyage » affaire classée et nous repartons à toute allure (peut
être une certaine motivation de gommer notre erreur). Je ne suis pas certain
mais il m’a semblé entendre entre Chocolat et Ulysse quelques braiments
discrets où il était question d’humains très proches d’eux rôtissant dans les
feux de l’enfer (Saint Régis protège nous).
Nous faisons bien les deux tiers du retour avant de camper au pied d’une
maison isolée et fermée mais dont l’appentis ouvert abritera nos affaires. Pas
de feu ce soir. Miracle (merci Saint Régis) je retrouve l’embout de mon
camelback que j’avais perdu sur le chemin à l’aller (nous savons nous
contenter de tout petit miracle).
Lundi 20
Donc à 9 heures nous revoilà à Lalouvesc et retour sur le droit chemin (ah ces
brebis égarées qui rentrent dans le droit chemin). Saint Pierre sur Doux, le
repas de midi au soleil (tiens il y avait longtemps), Saint Bonnet le Froid la bien
nommée et nous repartons direction Dunières. Nous campons dans un pré
sinistre au milieu des bois sous les averses mais avec un bon feu.
Mardi 21
Départ tranquille froid et humide. Gilbert malgré les guêtres a ses chaussures
neuves trempées.
Tiens un gué, fatalistes les ânes passent un peu plus loin car les ponts ne sont
pas passables pour nos compagnons.
Dunières arrive enfin sous la pluie au bout des bois. Ravitaillement, chocolat
(hé oui nous sommes accroc), repas de midi ensoleillé, Raucoules et son église,
Montfaucon et un petit bonjour à la statue de notre Saint Patron, Montregard
et son calvaire, c’est la journée culture religieuse. Juste un autre gué (je les
signale pour d’éventuels candidats âniers) et nous installons notre camp dans
un pré au soleil vespéral, bref journée sans histoire.
L’organisation du soir et du matin s’étoffe de plus en plus et est maintenant
parfaitement rodée. Il ne faut rien oublier et les ânes sont la priorité. Les
animaux sont frères et chocolat a un an de plus. Ils sont très fusionnels et il
n’est pas question qu’ils se perdent de vue, leur synchronisation pour s’arrêter
ensemble brouter un brin d’herbe est étonnante. Il est des langages qui
échappent à l’humain. Il faut bien les attacher la nuit car l’an dernier sur le
Chemin de Saint Guilhem le Désert, un matin, plus d’ânes. Encore un moment
de solitude. Nous les avons retrouvés à 3 km de là avec l’aide d’un agriculteur
après avoir joué les pisteurs sur le sable du chemin. Merci encore Monsieur.
Mercredi 22
Debout 5h50 avec le soleil qui se lève un peu plus tard (grasse matinée
solaire ?). D’abord nous plions les affaires de nuit en nous habillant sous notre
tente commune encore plus chaudement que la nuit. Bonjour Chocolat,
bonjour Ulysse en sortant, préparation du petit dej, pliage de la tente, déjeuner
toilette (le camel back faisant office de douche glacée), rangement des
sacoches, bâtage et départ, il est 7h40.
Tout va bien ce matin nous arrivons presque a Tence. Presque parce qu’un pont
enjambant le ruisseau des Mazeaux nous arrête. Nous déssacochons,
transportons les sacoches de l’autre côté du pont car il n’est pas possible de
traverser à gué. Après s’être longuement concertés nos deux amis nous
opposent un refus catégorique de passer sur ce qu’ils considèrent comme un
tue-ânes. Retour des sacoches, resacotage et demi tour pour un petit détour.
Rien de catastrophique. A Tence petite pause agrémentée de devinez quoi
avec un délicieux gâteau acheté chez un pâtissier randonneur très sympa. Et
vogue la galère jusqu’à Saint Jeures où nous pique niquons sur la place bien
aménagée.
L’après midi nous promène dans le Meygal jusqu’à Queyrières puis à
Monedeyres où nous trouvons un coin tranquille pour camper. Feu de camp,
soupe et comme tous les soirs une bouteille de vin rouge (je vous l’avais gardé
pour le dernier soir pour ne pas nous faire traiter de poivrot) et après tout il n’y
a pas que le chocolat dans la vie. Dernière soirée et déjà un peu de nostalgie.
Jeudi 23
Nous faisons la grasse matinée et le soleil se venge de la veille en nous
réveillant à 6h30. Nous partons par des chemins bien compliqués voire
dangereux pour nos ânes pour arriver à Saint Julien Chapteuil où nous
dégustons le meilleur chocolat de la randonnée (pour le palmarès des chocolats
en rando rendez vous sur le site testdeschocolasenrando.gourmand.fr !!)
La suite et la fin sont agréables avec un nouveau large gué (c’est Gilbert qui se
mouille) pour traverser la Sumène et une barrière difficile l’entrée de Brives
Charensac (une honte, dans ma ville !). Il fait très beau et nous avons bouclé
notre Chemin mais depuis quelques kilomètres une vision nous obsède : une
pomme de douche, allez savoir pourquoi !
Donc rando en altitude assez compliquée avec des ânes (gués, passages
difficiles, beaucoup de goudron) mais des paysages magnifiques, des sous bois
de rêves, de très beaux villages, le joyau qu’est Lalouvesc et sa basilique, mais
aussi une formidable aventure humaine dans des conditions météo difficiles et
encore une plus grande complicité avec nos amis à quatre pattes (complicité
déjà bien établie par d’autres rando)
195km plus 13 soit 208km en 8 jours de marche (26km par jour de moyenne) 7
bivouacs, et 7 bouteilles à siroter tranquillement le soir (et je ne parle pas des
chocolats) avec la bonne conscience du devoir accompli. Nos ânes ont eu droit
à beaucoup d’herbe (nous sommes en mai) et à une ration d’aliment
quotidienne, pas de problème pour l’eau et un mois et demie de repos avant
de repartir vers de nouvelles aventures
Pierre chapuis